Démarche

Le dessin est pour moi un acte “facile”, j’ai besoin d’aller plus loin pour y trouver de l’intérêt. Pour moi, un dessin restera à jamais plat, statique, inerte. J’ai besoin de mouvement, de relief. Alors j’ai essayé la découpe au scalpel. Le papier n’est plus seulement un simple support, il devient œuvre, il EST le sujet.

Dans mes réalisations, je me rends compte que ce qui est important pour moi, c’est le contraste. Il faut que ça tranche, il n’y a pas de nuance possible. J’évite bien souvent la couleur, la peinture, cela dilue le message à transmettre. Nous vivons dans une époque où le sens même des mots est édulcoré, dilué, minimisé. J’aspire à aller à l’encontre de cette tendance, à rediriger le regard vers la richesse du sens de notre langage. C’est pour cela qu’il est important pour moi de travailler avec le noir et le blanc. La technique du papier découpé au scalpel ne laisse aucune place à l’indécision, à la nuance, à l’estompe. Tout doit être net, réfléchi, arrêté et maitrisé.

Bien que l’idée première est de proposer des œuvres le plus contrastées possible, tranchantes et incisives, il m’est néanmoins impossible de réaliser des créations trop anguleuses, trop géométriques, trop droites. Tel l’esprit humain, j’ai besoin de cheminer, de revenir sur mes pas, d’être constamment en mouvement pour me sentir vivante. Cela se traduit dans mes créations par les ondulations de mes lignes, par ces fils de papiers que l’on croit s’enrouler entre eux, pour rappeler que rien n’est simple, que tout objectif nécessite des réajustements, de louvoyer, de s’adapter, d’avancer.

La Femme. S’il y a un bien un être au monde qui symbolise l’adaptation, le louvoiement, la résilience, ce serait elle. La Femme fascine par ses courbes, la Femme surprend par sa force, intimide par sa résilience, impose le respect par ses trop nombreux combats.

Processus

Je m’inspire de photos. Une posture, un regard, un sourire, une expression, et me voila enivrée par ce besoin frénétique de créer.

Partant d’une feuille de papier noire, je réalise dans un premier temps une esquisse au dos, à l’aide d’un crayon blanc. Mon crayonné terminé et mes ombres posées, je place ensuite mes lignes, mes ondulations au feutre blanc. Tout est réalisé en négatif.

Une fois le dessin achevé, viens la partie technique : la découpe. Armée de mon scalpel, de ma patience et de ma rigueur, j’entame ce minutieux travail d’évidage. Tout ce qui n’est pas le dessin doit disparaitre, pour ne laisser place qu’à la finesse de mes traits, à la délicatesse des courbes, à la complexité de ces fils de papier.

Une fois le sujet terminé, il est la plupart du temps encadré entre deux verres de qualité “musée” (Artglass, anti-reflet et anti-UV 70%) dans des cadres à réhausse. Ce montage particulier permet de distancer le second verre du fond du cadre, ce qui favorise des jeux d’ombres et laisse l’oeuvre comme suspendue, flottante, mouvante.

Récemment, j’ai été diagnostiquée TSA, Troubles du Spectre Autistique. Parmi les différents symptômes, un en particulier fait ma force : l’intérêt spécifique. C’est ce qui me permet de rester des heures durant, absorbée par mon découpage, en oubliant totalement la notion de temps, dans ma bulle, frénétique, intarissable outil sculptant le beau à travers le papier.

Parcours

Vanessa Atalanta n’est pas mon vrai nom. C’est le nom scientifique du papillon Vulcain, qui regroupe plusieurs espèces de papillons. J’ai choisi ce nom pour plusieurs raisons :

  • c’est un papillon migrateur qui sait s’adapter à son environnement,

  • Atalanta fait référence à l’Atalante, de la mythologie grecque, qui aurait pu être la première “féministe” de l’histoire en refusant de se marier pour partir à l’aventure avec Jason (toison d’or). Je m’identifie beaucoup à ce personnage, car je suis sans cesse en mouvement.

  • l’aspect guerrier que ce nom évoque renvoie la détermination, la force et le courage, des qualités que j’aimerais beaucoup incarner et que je travaille au quotidien.

J’ai toujours aimé dessiner. Enfant, je rêvais de devenir dessinatrice de bandes dessinées. Parfois, les rêves d’enfants devraient être un peu plus écoutés…

J’ai travaillé une dizaine d’années dans les Ressources Humaines. Mes expériences ne duraient jamais longtemps, je me lassais vite de mes postes, je ne m’y sentais pas bien.

Puis, il y a eu le trop. Je me suis retrouvée, usée, éreintée, éthiquement malmenée, je perdais peu à peu mes capacités cognitives, mon corps a dit stop.

Pendant ma convalescence, je me suis remise à dessiner, j’ai commencé le découpage du papier au scalpel. Doucement mais surement, je reprenais le goût de la création, du beau, de l’émotion.

J’ai fini par opérer un virage à 180° en 2021, en passant de la petite main de l’ombre qui participe au fonctionnement de l’entreprise à l’artiste qui doit s’exposer tout autant que ses oeuvres. Un exercice extrêmement difficile pour moi.

J’ai persévéré et j’ai continué à créer, à exposer. D’abord par de l’artisanat - marque-pages, cartes postales - puis par des œuvres.

J’expérimente le papier, ses propriétés alliées à ma dextérité qui évolue au fil des ans. J’expose, je reçois des récompenses qui valorisent mon travail et qui me poussent à continuer, à aller plus loin dans la finesse, à voir toujours plus grand.

Récemment, en 2025, un tournant dans ma vie m’a fait voir les choses différemment, comprendre comment il était possible que je passe des journées entières sans même penser à manger, à simplement découper frénétiquement.

Un diagnostique a mis en lumière un Trouble du Spectre Autistique

Grâce à cela, à 36 ans, je comprends enfin les difficultés que je rencontre avec les interactions sociales, ma grande fatigue après chaque exposition, et ce que l’on appelle mon “intérêt spécifique” qui fait que je peux passer des heures et des heures, penchées sur ces découpes si minutieuses, sans même me rendre compte du temps qui défile.

Vanessa Atalanta
Vanessa Atalanta